Thème : « Vers une approche inclusive : repenser la lutte contre les violences basées sur le genre à l’ère du numérique en RDC »

Lors de l’ouverture de l’atelier, notre collègue Danny Dayan Bahizire a souligné que l’intérêt était de susciter une réflexion rigoureuse sur les violences basées sur le genre facilitées par le numérique, en adoptant une approche inclusive impliquant à la fois les acteurs sociaux et le monde scientifique.
Il a insisté sur la nécessité de concilier les efforts des activistes avec ceux des chercheurs, en valorisant les études et données locales déjà produites sur cette thématique.
L’ambition de cette rencontre est de formuler des recommandations concrètes et de proposer des solutions pratiques, adaptées aux réalités locales, afin de créer un outil efficace de lutte contre les violences basées sur le genre, en particulier celles qui se manifestent ou se renforcent à travers le numérique.

Lors de son exposé sur le Cadre juridique de protection des victimes des violences basées sur le genre facilité par le numérique, Maitre Annie Binja, Coordonnatrice de Opadec Asbl, est revenue sur les différentes formes des VBG à l’ère du digital, parmi lesquelles:
Cyberharcèlement, usurpation d’identité, diffusion non consensuelle d’images intimes, sextorsion, surveillance numérique, menaces en ligne…
Ces pratiques renforcent la vulnérabilité des femmes et des filles et rendent plus complexe leur accès à la justice.
Elle a souligné qu’en RDC, importantes avancées ont été réalisées avec l’adoption du Code du Numérique (Loi 23/010 du 13 mars 2023), qui constitue un instrument essentiel pour réprimer :
✔ l’usurpation d’identité
✔ les atteintes à la vie privée
✔ le revenge porn
✔ les cybermenaces
✔ l’exploitation sexuelle des mineurs en ligne
✔ la sextorsion et le chantage numérique
Ce cadre s’inscrit dans la continuité des normes internationales et africaines, notamment la DUDH, la CEDAW, la Convention relative aux droits de l’enfant, le Protocole de Maputo et la Convention de Malabo.
🔍 Renforcer la protection numérique des femmes nécessite une action collective :
L’État et les institutions : application stricte des lois, formation des magistrats et enquêteurs, mise en place de mécanismes de signalement et de réponse rapide.
Les opérateurs télécoms et plateformes numériques : protection des données, retrait rapide des contenus, coopération judiciaire.
La société civile et les organisations de défense des droits : accompagnement juridique, soutien psychosocial, sensibilisation communautaire.
Chaque citoyen·ne : respect des droits, signalement des abus, sécurisation personnelle des comptes.
Priorités essentielles pour la RDC:
Développer une plateforme nationale de signalement des cyberviolences
Renforcer la formation en cybersécurité sensible au genre
Intégrer l’éducation au numérique dans les programmes scolaires
Mettre en place un Fonds d’assistance pour les victimes de cyberviolences
Le numérique ne doit pas devenir un espace de violence, mais un levier d’autonomisation.
En unissant nos efforts, nous pouvons bâtir un environnement digital sûr, éthique et équitable pour toutes les femmes et filles en RDC.

Lors de notre atelier, Guillaume Zinal, Enseignant à Isdr-Bukavu
et chercheur au sein du centre de recherche et d’expertise en genre et développement (CREGED) nous a exposé ses recherches effectuées sur l’inclusion numérique & lutte contre les violences basées sur le genre facilitées par la technologie (VBGFT) à Bukavu.
L’étude menée démontre que si les technologies numériques offrent des opportunités d’émancipation et d’autonomisation, elles sont aussi devenues des vecteurs de violences sexistes entre autres le Harcèlement en ligne, usurpation d’identité, diffusion d’images intimes sans consentement, extorsion et chantage… autant de réalités vécues par les jeunes, en particulier les femmes et les filles.
🔎 Constats clés :
Plusieurs jeunes interrogés à Bukavu ont déjà été victimes d’une VBGFT.
A cela il a ajouté que les fractures numériques (accès limité, faible alphabétisation digitale, usages centrés sur le divertissement) exposent davantage les filles.
Ces études lui ont permis d’identifier quelques conséquences graves parmi lesquelles il y a : perte d’emploi, abandon des études, exil, dépression et même suicides.
Son message fort souligne que La violence numérique n’est pas virtuelle, elle est bien réelle.
La technologie peut être un problème, mais aussi une solution : sensibilisation, alphabétisation numérique, cadres juridiques solides et innovations technologiques sont essentiels pour bâtir un environnement digital sûr et inclusif.
Sa conclusion s’est resumée par « La lutte contre les VBGFT est une affaire de tous. Ensemble, faisons du numérique un espace de liberté, de dignité et d’égalité pour les femmes et les filles en RDC. »

Crispine Ngena Coordonatrice de Actions pour la Conservation de la Nature et le Développement Communautaire nous a partagé sur La masculinité positive, un levier pour la promotion d’un espace numérique sûr pour les droits des femmes et filles.
Elle a insisté que la masculinité positive n’est pas une fin en soi.
C’est un levier puissant pour construire un espace numérique sûr, respectueux et équitable pour tous et toutes.
Elle transforme les hommes en alliés actifs, capables d’agir là où leur influence est souvent la plus forte :
👉 au sein de leurs cercles d’amis,
👉 dans les communautés en ligne,
👉 dans les espaces numériques qu’ils fréquentent au quotidien.
Mais pour être un véritable allié, il faut agir par conviction, pas pour être applaudi.
Le chevalier blanc cherche la reconnaissance.
L’allié, lui, agit par solidarité, avec courage et discrétion.
Oui, intervenir face au sexisme, au harcèlement ou aux violences numériques peut être socialement risqué.
Mais c’est justement là que réside la force de l’action collective :
plus nous serons nombreux, moins cela deviendra risqué.
« Par où commencer ?
Par la prochaine fois. Observer, puis intervenir une fois, dans un espace où vous vous sentez en sécurité.

Chacun d’entre nous, avons aujourd’hui un choix à faire dans notre navigation quotidienne : rester spectateur du harcèlement, ou devenir un garde-fou actif.
L’engagement commence par une prise de conscience, se poursuit par une remise en question, et s’incarne dans des micro-actions quotidiennes.
Travaillons à construire une masculinité qui ne se définit plus contre ou au-dessus des femmes, mais à côté, dans le respect et la solidarité.
L’espace numérique en a besoin, et nous en sommes tous et toutes acteurs
SADI RDC